Un infracassable noyau de nuit. N10
Histoire des hommes
Acrylique et pastels à l’huile sur toile - 30X30 cm - 420 euros
Bateau ivre
Arthur Rimbaud
[…]
Et dès lors, je me suis baigné dans le poème - De la mer, infusé d’astres, et lactescent,- Dévorant les azurs verts où, flottaison blême - Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires - Et rythmes lents sous les rutilements du jour, - Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres, - Fermentent les rousseurs amères de l’amour !
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes, - Et les ressacs, et les courants ; je sais le soir, - L’aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,- Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir.
J’ai vu le soleil bas taché d’horreurs mystiques - Illuminant de longs figements violets, - Pareils à des acteurs de drames très antiques, - Les flots roulant au loin leurs frissons de volets.
J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, - Baisers montant aux yeux des mers avec lenteur, - La circulation des sèves inouïes - Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs.
J’ai suivi des mois pleins, pareille aux vacheries - Hystériques, la houle à l’assaut des récifs, - Sans songer que les pieds lumineux des Maries - Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs.J’ai heurté, savez-vous ? d’incroyables Florides, - Mêlant aux fleurs des yeux de panthères, aux peaux - D’hommes, des arcs-en-ciel tendus comme des brides, - Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux…
J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses - Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan, - Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces, - Et les lointains vers les gouffres cataractant !
Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises, - Échouages hideux au fond des golfes bruns - Où les serpents géants dévorés des punaises - Choient des arbres tordus, avec de noirs parfums !
J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades - Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants. - Des écumes de fleurs ont béni mes dérades - Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.[…]