Maisons aux volets bleus
Pourquoi ces petites maisons au front calme qui habitent la toile, la chair du monde, comme des mots que chacun prononce à sa manière pour raconter sa propre histoire ?
Le motif revient. Il revient comme revient une mémoire discrète, si personnelle, si singulière, qui retrouve parfois — sans savoir pourquoi — le même abri dans son paysage intérieur.
Alors on demande à celui ou celle qui l’habite : quel souvenir vous y conduit ?
Ils racontent toujours quelque chose, quelques esquisses de la conscience, des fragments...pour commencer.
Les clés de ce pays n’ouvrent aucune porte commune, chacune est unique.
Voyez : chacun porte en soi ses mystères, et parfois un reflet dessine doucement quelque chose d’important à voir, à dire, à entendre.
Ces maisons n’ont pas de portes. Elles ferment doucement le monde comme une paupière ferme un rêve.
Leurs murs gardent le secret de chacun, de chacune, avec la patience des pierres anciennes. On dirait des monades distraites qui ont oublié de fermer les fenêtres, monades posées dans l’herbe de l’espace, solitaires mais traversées de mille rumeurs invisibles.
Des fenêtres, oui. De petites fenêtres attentives où passent des nuages, des oiseaux qui pensent, et parfois le regard d’un passant qui ne sait pas qu’il est regardé.
N’essayez pas de réduire cela à quelque clé obscure tirée de l’histoire d’un autre. Chaque maison invente sa nuit, son jour, sa propre lumière. Alors vient ce moment calme.
Certains l’appellent hypnose, méditation, rêverie, songe. Un lieu sûr. Un lieu ressource. Là où, dans le silence intérieur, peuvent s’organiser doucement des propositions nouvelles, souvent inattendues.
Chaque toit rouge porte un soleil différent.
Dedans — mais qui dira vraiment ce que veut dire dedans ?
Peut-être un escalier qui monte vers une mer. Peut-être une table où l’on pose des planètes encore tièdes.
Peut-être simplement le grand silence habité d’un cœur qui écoute.
Car l’intérieur s’ouvre comme une fleur prudente sur un autre intérieur du monde. Tout circule. Rien ne se renverse. Ainsi vivent ces maisons fermées comme des coffres, ouvertes comme des regards. Elles gardent le lieu et le lieu les garde.
Et c’est là, sans comprendre tout de suite ce que l’on cherche, que l’on revient encore. Dans cet espace de respiration et d’inspiration, quelque chose se dépose.
Une petite certitude. Puis une autre. Jusqu’à ce qu’une lumière tranquille éclaire enfin la maison intérieure, et fasse doucement sourire celui ou celle qui l’habite.
p.r
Brèves de consultations- Cabinet Noesis
Technique Mixte : acrylique et pastels à l’huile sur toile, 40×32 cm