La légende du Taureau
Cette tradition orale corse fut recueillie auprès des anciens bergers de San Lunardu, transmise à Xavier Poggioli, puis à l’écrivain Carulu Giovoni da Bozzi qui la publia dans « Légende druidique de la Vallée de la Gravona » (Le Provençal Corse, 2 juillet 1961). Elle fut ensuite reprise et commentée par Daniel-Marie Polacci dans Promenade archéologique dans la Haute vallée de la Gravona.
Le récit situerait son origine à l’époque de la christianisation de la Corse. Un jeune homme d’Ucciani, Ghjuvanni, revenu miraculeusement d’un long esclavage en Afrique du Nord, attribue son salut au Christ. En signe de reconnaissance, il convainc les anciens d’élever un sanctuaire. Selon la coutume, un taureau blanc est alors relâché dans le maquis afin qu’il désigne l’emplacement sacré. L’animal s’arrête parmi les ruines d’un ancien lieu de culte, et c’est là que serait née la chapelle de San Lunardu ainsi que, symboliquement, la christianisation du Celavu.
L’archéologie n’a pas confirmé cette tradition dans sa totalité, même si certains vestiges attestent d’occupations plus anciennes du site. Entre récit populaire, mémoire du paysage et survivance des imaginaires, cette légende demeure avant tout une trace vivante transmise de voix en voix.
Sources
https://corseimagesethistoire.over-blog.com/2019/10/la-legende-du-taureau-blanc.html
Daniel-Marie Polacci, rapporteur, divulgateur et passeur de mémoire pour l’association patrimoniale Spaziu Celavesu, Promenade archéologique dans la Haute vallée de la Gravona.
Carulu Giovoni da Bozzi, « Légende druidique de la Vallée de la Gravona », Le Provençal Corse, 2 juillet 1961.
Cette tradition aurait été recueillie par Carulu Giovoni auprès de Xavier Poggioli, érudit local d’Ucciani, qui la tenait lui-même des anciens bergers de San Lunardu.
Une autre figure érudite locale, François Zarzelli de Peri, aurait également écrit un conte à partir de cette même tradition.
Enfin, Carulu Giovoni interprétait cette histoire comme la survivance possible de réminiscences druidiques dans la culture corse — hypothèse personnelle constituant l’une de ses orientations récurrentes, sans faire aujourd’hui l’objet d’un consensus historique établi.
Mythologies corses
L’ombre du taureau blanc de San Lunardu
Technique mixte : acrylique et pastels à l’huile sur bois, 92x63 cm - 900 euros
Si vous marchez un jour du côté de San Lunardu,
si le vent fait entendre son sourd murmure
et que votre esprit consent enfin à se taire,
regardez bien entre les arbres.
Car certains disent qu’on peut encore l’apercevoir.
Non pas le taureau lui-même. Seulement son ombre.
Grande, massive et patiente, debout depuis des siècles, elle veille sur ce que les hommes aveuglés ne savent plus contempler.
Car les hommes enfantent des mots,
nomment les chemins, interrogent les cartes, et cherchent vainement à retenir l’univers dans les filets fragiles de leurs signes.
Mais les bêtes connaissent une autre langue. Elles parlent avec le vent, avec les pierres, avec l’odeur de la pluie,
avec ces voix crépusculaires qui montent lentement des montagnes.
Car les sommets gardent mémoire.
Les mousses recueillent les pas anciens, les arbres conservent les souffles disparus, et les ruines reconnaissent encore ceux qui reviennent vers elles.
Après sa longue course, il s’est arrêté.
La forêt entière avait retenu son haleine.
Depuis ce jour, son ombre subsiste, spectre silencieux aux frontières du vivant.
Certains soirs, parmi l’entrelacs des feuillages, cette force occulte se manifeste,
Mémoire d’une trace qui remonte les siècles, et gardienne du lieu où la pierre devint prière.