Un infracassable noyau de nuit. N1
Histoire des choses
Acrylique et pastels à l’huile sur toile - 30X30 cm - 380 euros
Vendu
Merci Nathalie pour ce tableau : en le postant ici, tu as ouvert bien plus qu’un espace de regard — une rencontre, telle que je les espère, une vraie conversation silencieuse autour de ce que ton geste fait surgir en moi.
Ce tableau me renvoie à ce qui me travaille le plus : l’absence. La présence de l’absence rend présence ce qui est absent. Dans la vie quotidienne, je vois des corps proches, des voix qui parlent, des écrans qui scintillent — et pourtant, une solitude se vit, souvent à bas bruit, source de souffrance, comme anesthésiée pour tenir bon.
Cette anesthésie est une forme de dissociation : elle protège, mais redouble l’isolement. Curieux paradoxe où ce qui soigne intoxique dans le même mouvement. On retrouve ici le pharmakon tel que Bernard Stiegler l’a repris de la tradition grecque : à la fois remède et poison, ce qui soutient la vie psychique tout en pouvant la désaffecter. L’anesthésie permet de tenir, mais au prix d’un retrait de la relation, d’un appauvrissement du lien et de l’expérience sensible.
Et pourtant, quelque chose se passe — quelque chose de fécond. Ta proposition, Nathalie, m’y a conduit : elle m’amène à écrire, à tenter de formuler ce que serait un soin psychique qui ne cède pas sur la rencontre. Je t’adresserai ce texte une fois achevé, comme on reprend une parole laissée en suspens, ou comme on poursuit, avec toi, cette conversation qui s’est ouverte ici.
C’est cette solitude-là que j’essaie d’élaborer par l’écriture : chroniques, récits, fragments. Chaque scène rencontrée m’enseigne un peu plus que la vraie douleur n’est pas l’isolement visible, mais la vie entourée sans véritable rencontre. Ce que je cherche, au fond, tient peut-être à peu de chose — mais c’est essentiel : la possibilité d’un lien où quelque chose de notre absence puisse être accueilli, entendu, partagé.
Michel Deroover