Sur la droite du tableau, un abrupt noir, une masse verticale pèse sur le sol. Deux aplats gris soulignent la menace de la gravité comme les deux blocs écroulés à son pied. Sur l’un d’eux qui ferme ce cirque s’adosse une bâtisse.
Ce pourrait être une chapelle. Deux traits noirs épais, bruts, construisent le toit austère. Le peintre a laissé l’esquisse noire des murs et du seuil, non par désintérêt ou négligence, mais en conséquence de sa vivacité, de son énergie à composer. La vigueur de la brosse anime une palette de blancs, de roses, de dégradés, construit le mur de façade, ouvre un œil de bœuf pour la lumière et rapidement installe une lourde porte ouvrant sur l’oratoire.
Le défilé qui conduit à ce lieu isolé, reculé, débouche sur une longue prairie charmante d’herbe verte et tendre. Quelques végétations rases parsèment ce champ, plus sombres, envahissantes, épineuses, ainsi que d’autres mousses ou lichens noircissent par place l’endroit déserté par les âmes qui vivent dont aucun cheminement n’apparait.
Au bas du tableau, aux abords du pré, pour nos premiers pas, la verve de l’artiste offre des veines d’un minerai doré, des bleus d’un cresson, la tâche orange d’une étrange fleur, et ici la sève rouge qui s’écoule d’un onirique buisson de couleurs.
Écrasés par le lourd relief ou trop occupés à notre marche, nous n’avons pas levé le regard sur l’incendie rouge du ciel. Un crépuscule fantasmagorique ou une aurore boréale gigantesque s’élève.
Masque-t-il la paroi minérale du cirque circonscrit ou l’abysse d’un précipice tarpéien?
Mais notre esprit exige ce crépuscule : ce rouge s’écoule au premier plan, flaque mince, il est liquide, or ici il est flamme haute entre les noires roches nécessaires à l’ermitage. Pourtant sa turbulence le décline, vers le rose, vers le blanc, entoure les objets d’ halos diffractant, dissolvant leurs limites. Les images séduisent l’orgueil facile du sujet, du spectateur, hors du lieu mais le regardant et le décidant, captivé ainsi. Mais le peintre propose ici un monde flottant, s’évanescent dans et par les harmoniques des vibrations de couleur qui le révèlent et le renouvellent à l’envi en réalité supérieure à la peinture qui le conçoit.
Absentons nous de l’hubris qui émousse notre regard, absentons nous-même de la faible raison qui pourrait nous conduire par la crainte ou par affectation à prier dans cette chapelle. Alors ce rouge est la chair du monde auquel nous appartenons sans distinction. Notre liberté est dans la poétique de la relation à l’étant que nous propose l’artiste.
Géométrie des Absents
p.r
Réalisme Spéculatif
Acrylique sur toile, 32x23cm