Sous le crépuscule sans témoin, deux taureaux immobiles, se tiennent vastes et fraternels, devant une beauté lente et troublante, ambiguë et délicate.
Mi-humaine, mi-bête, équilibre précis, entre la chair qui pense et force première.
Son front porte la grâce et l’impétuosité de la corne, ses gestes ont la douceur d’un monde réconcilié.
Tout en elle promettrait la paix d’exister sans trône ni couteau, un frêle papillon retenu entre des doigts si humains.
Créatures envoutés — loi muette du vivant — par cette délicatesse au parfum d’harmonie, par ce corps qui semble abolir l’antique hérésie.
Ils demeurent loin car sous la peau lisse devinent-ils un reste de regard qui jauge, qui mesure, qui divise et compare un pli de volonté, une cendre de malice.
Ils savent — sans concept, mais avec la mémoire — que l’homme fut la faille au cœur du devenir, qu’il transforma le lien en droit de soumettre et la coexistence en champ d’ombre et de pouvoir.
L’hybride est beau, oui — mais porteur d’un danger.
Un rêve, même adouci par la grâce, même drapé d’amour, même lavé de menace demeure un rêve où le monde doit s’ordonner.
Choisir la distance comme ultime sagesse, la fidélité du sol contre l’ivresse des mythes.
L’être hybride les regarde, peut-être comprend-il, peut-être souffre-t-il d’être encore trop humain pour mériter la paix des vivants sans histoire.
Car nul avenir ne naît d’une fusion incertaine tant que l’homme persiste à se croire destin.
LA BELLE ET LES BÊTES
Pao
Après l’homme
Technique mixte : acrylique et pastels à l’huile sur toile, 92x63 cm