Il surgit d’un océan profond, fugitif et fantôme, emplis d’instants de rêves de bleus et d’écumes hésitantes. Un océan perdu forçant l’île qu’on devine, qui l’étouffe, pour une apparition.
Sa proue est quotidienne, un artifice comme sa coque. Regardons comme il s’efface lui-même, labile à nos visions oniriques chétives, se dissout dans des couches liquides hâtives, griffées et anxieuses, se débat dans des dégradés de bleus de blancs emprunts aux coques crayeuses et organiques des conques et des nacres.
Il se tait comme un mythe, vieux gréement aux cacatoès arrogants, aux mâts et vergues de bois noirs, aux bouts de chanvre détrempés mais pour apparaître à notre convenance : canot à moteur aux vitres sibyllines sans capitaine, vaisseau de fuite.
Sa cabine est d’eau salée et se noie dans l’onde énorme qui approche.
Elle se cambre et sa crête si bleue s’élève cachant passés et toutes terres d’accueil.
Cette crête, faible frontière du ciel, qui s’écroule bientôt. Quel sang surnage sur le déferlement proche, quel cœur saigna si abondamment pour revenir hanter par les tempêtes notre pensée sidérée par cette vision.
Esquif de l’âme, il nous invite à sombrer à reculons vers des abysses de silence, de silence enfin. Ô que nous allions à la mer ! Laissons la terre aride, aux gradients ocres où peine le corps. Écoutons ce ciel bleu où se découpent sans doute les récifs sombres cachés encore par la limite de l’écume vacillante.
Mêlons nous à l’univers liquide, que l’eau emplisse nos poitrines pour respirer le début des âges, du sel sur nos lèvres. Fuyons l’apparition imminente de l’île sinistre des faits.
Et voici le monde du rêve où baignent voluptueuses et libres nos pensées.
Vestiges d’un tumulte
p.r
Réalisme Spéculatif
Acrylique sur toile, 54x65 cm