Archéologie de l’Absence

La ligne de crête renforcée d’un trait rouge épais et ostensible se découpe sur l’azur simple. Un ciel, comme un élément de décor construit par un bleu uniforme d’une brosse vive débute la composition.

Mais immédiatement nous dévalons une vaste pente, riche palette turbulente, kaléidoscopique. Rouges, verts, violets, blancs miroitent et s’empressent de nous conduire dans une vallée encaissée où l’on devine l’écoulement d’une eau claire. Des bleus se composent, se déclinent, s’élèvent en brumes pâles sur les premiers contreforts. Il faut remonter l’autre rive jusqu’à ce trait violet, marqué, pour atteindre une région luxuriante et lumineuse.

Au sommet, juste après quelques roches, un cyprès abritant sans doute une discrète dryade s’élève de vigueur. Ses racines viennent puiser à l’abondance d’une touche de jaune. Ce jaune élément terrestre aux résurgences dorées, est-il ce magique aliment qui vient nourrir les immenses fleurs plus bas écloses en une nuit?

Suivons doucement l’inclinaison liquide et colorée; nous croisons la cartographie des sentiers qui parcourent le lieu que le peintre a tracée à l’aide d’une pointe sèche sans couleur. Allons par ce cheminement violet, symbole orographique, à travers la foisonnante végétation lumineuse, de tons, de teintes qui s’entourent, s’étreignent, explosent en vibrations.

Nos derniers pas s’immobilisent sur un étroit terre-plein herbeux, quelques mousses bleues, quelques verts plus clairs, toujours ces résurgences dorées. Trois chaises se confondent en vert sombre, quelques poussières d’or s’y sont déposées.

Les spectateurs attentifs à un épithalame bucolique ont disparu. Que pouvaient-ils entendre et voir dans ce monde intersecté : surfaces et profondeurs, altitudes et dépressions, traits et couleurs, luxuriance et aridité, réalité et onirisme, sans abandonner leur siège?

Pourtant ce tableau nous affirme son existence, son ontologie, nous les révèlent, insoupçonnées et soupçonnées. Ces chaises s’y intègrent alors, agissent, cachent et affichent, participent. Et nous voici nous, spectateurs égarés, dans ce lieu et dans ce tableau, puisque nous y sommes transportés par l’artifice du peintre. Mais pauvrement hors de ce lieu si nous cherchons position (assise) et réalité sommaire.
Ne manquons pas l’excès de ce monde proposé par l’artiste.

p.r

Réalisme Spéculatif

Technique Mixte : acrylique et pastels à l’huile sur toile, 30x30 cm