Je me tiens immobile devant ce paysage, vagues à l’âme, au seuil de mes pensées, du regard et des sensations (aisthésis).

Je suis là où le vouloir se défait de ses chaînes, là où l’esprit, las d’ourdir ses propres pièges, consent enfin à n’être que présence en soi, ouverte pourtant sur quelques fragments du réel.

Le monde respire sans me requérir.

La lumière ne persuade pas, elle demeure.

Le vent ne m’exhorte à rien ; il passe, et dans son passage, il me déleste de moi-même.

Je laisse choir les récits empoisonnés, ces voix qui feignent la lucidité mais ne savent que répéter la perte.

Je ne poursuis plus l’absent.

L’esquif s’évapore.

Je ne convoque plus l’ingrat avenir.

La petite valise est vide.

Didon fut consumée d’avoir voulu retenir, ce qui n’appartenait déjà plus au rivage.

Moi, j’apprends la science plus lente : ne pas saisir, ne pas conclure, ne pas dresser de bûcher avec mes attentes.

Dans la disponibilité silencieuse, rien ne promet, et pourtant tout apaise.

La pensée cesse d’être un tribunal ; elle devient cette clairière que je vois à l’horizon, là où chaque chose peut apparaître sans se justifier.

Je sens la vie affluer sans téléologie, comme une eau profonde qui ne déborde pas.

Je n’exige plus qu’elle me prouve sa fidélité ; il me suffit qu’elle soit là, égale, continue, respirable.

Ainsi je me retire du feu des passions closes, non par renoncement, mais par élargissement. Je ne brûle pas, je dure.

Et dans cette durée tranquille, je découvre une force neuve, non celle qui s’attache, mais celle qui demeure ouverte, capable d’aimer sans se perdre, capable d’attendre sans se consumer.

Les choses persistent hors de mes récits, les paysages continuent sans mon assentiment, le monde excède mes blessures.

Je deviens l’intervalle.

Un lieu de passage, une disponibilité sans capture, où ce qui est peut advenir, sans être réduit à l’usage, au manque ou au feu.

Ainsi s’apaise la pensée, non parce qu’elle a vaincu, mais parce qu’elle a cessé de vouloir régner.

Et dans cette lucidité sobre, sans ivresse ni abandon, je demeure, présent(e) à ce qui existe, sans me confondre avec ce qui s’en va.

Pas d’étymologie

pao

Brèves de consultations- Cabinet Noesis

Technique mixte sur bois, acrylique et pastels à l’huile, 15x30cm