Si c’était mieux aujourd’hui ?
On se lasserait peut-être de dire qu’avant, c’était mieux.
Pourquoi dire cela ?
Pourquoi noircir le présent au charbon d’un passé idéalisé ?

Ce ne fut ni d’avant, ni de maintenant, ni de plus tard la faute.
Mais peut-être seulement manque-t-il un mouvement subtil — un glissement, un déplacement infime, comme l’on bouge dans un lit trop étroit pour mieux se sentir.

Si souvent le passé, on le convoque comme une veilleuse fragile, pour s’y réchauffer l’âme.

Mais souvent, ce passé-là n’est-il pas le doublon toujours répété d’un présent défait ?
Que voir, qu’entendre,
Le passé serait mieux et le présent une cascade de terreurs ?
Si hier ne s’offrait pas davantage qu’aujourd’hui ?
Et si alors nous écoutions le temps qui bruisse de signes muets, de langages dispersés, qui tangue tel une barque “aventurée” par les vagues ?

Et si nous cessions de donner des contours aux hommes et aux idées,
Si nous étions des durées sans bord ni source, qui nous frôlent sans jamais se livrer ?
Et si c’était là, justement — dans cette “débordance”,
dans cette impossibilité à tout penser à notre mesure — que résidait l’inaperçu ?
Un dehors, non pas lointain, mais trop proche pour être saisi.
Pas au-delà, mais dessous, dedans, autour.

Des choses persistent, durent, au-delà de notre regard.
Le plastique, le béton, les vents anciens, les poussières de mammouths, de dinosaures, de frères et sœurs lointains, la chaleur enfermée dans la coque des appareils — rien ne disparaît.

Tout demeure, et nous observe en biais.
Et si nous cessions de croire que seules nos mains façonnent le monde ?
Et si penser, désormais, c’était céder la place, se rendre poreux, habiter l’écoute d’un sens qui ne se donne pas mais qui insiste, ailleurs —
dans le retrait ?

Et si penser se dissolvait dans le ressentir ?
Il ne s’agirait plus tant d’expliquer, ni même de comprendre, mais d’apprendre à percevoir ce qui ne parle pas — et pourtant agit.
Et si nous étions des passagers parmi d’autres, des objets sensibles mais non souverains, dans un monde peuplé d’existences sans visage, sans voix, sans fin ?

Alors peut-être, le présent s’allégerait.
Il se fendillerait doucement, laissant couler une forme d’intelligence sourde, une clarté sans miroir.

Et si c’était mieux aujourd’hui — ce ne serait pas parce que le monde nous ressemblerait davantage, mais parce qu’enfin nous aurions cessé de lui commander et ordonner.

Méditation hypnotique

Pao

Brèves de consultations - Cabinet Noesis

Technique mixte sur carton léger, acrylique et pastels à l’huile sur toile, 30x30 cm