La terre sans récits - n.4
Chemins qui ne mènent plus nulle part.
Entre les pierres pâlies et les herbes indomptées, portent-ils encore quelques usures anciennes des pas anthropomorphes ?
Chemins oubliés ?
On dirait qu’ils hésitent encore, par une sorte de mémoire attendrie, à rejoindre les collines immobiles ;
mais ils se dissipent lentement en quelques teintes fanées, comme se dissout une couleur ancienne dans une eau claire traversée de lumière.
Les champs résonnent-ils encore de voix paysannes depuis longtemps éteintes ?
Du heurt sourd d’un outil contre la terre aride ?
D’un aboiement perdu dans la poussière estivale ?
Non. Désormais ils n’écoutent plus que le vent qui glisse parmi les herbes, cette lente haleine sans visage, sans mémoire, sans désir et sans attente.
La terre poudroie de ses couleurs anciennes, des ors ternis, des verts cendreux, des nuances que les hommes avaient cru posséder par le seul pouvoir de les nommer.
Elle se donne à présent aux talus silencieux, aux pierres désertes, aux plaines ouvertes sous la lumière blanche, comme une clarté qui ne réclame plus personne.
L’horizon ne sépare plus le ciel de la terre.
Dans l’immobilité pâle d’une heure sans nom, tout semble glisser vers une même lumière diffuse, vers un même silence dilaté. qui retourne à sa respiration originelle, à cette solitude souveraine qui précède les récits et survie aux tragédies.
Ces paysages ne sont pas vides.
Ils demeurent seulement hors du langage.
Le monde y persiste, impénétrable, avec cette présence opaque des choses qui continuent d’exister loin des hommes, loin de leurs fables, loin de leurs noms précaires.
Ici, le silence n’est plus une absence.
Il devient la durée tranquille du réel, la patience minérale d’une terre antique qui n’a jamais eu besoin de nous pour être au monde.
Pao
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