Une maison sur une calme butte, une bâtisse haute, aux angles et au faîte marqués par un rude trait de pinceau marron, sombre. Les deux cheminées sont éteintes.
La maison est silencieuse. Nous n’en voyons pas l’entrée. Sur le mur de l’orient s’esquisse une lucarne, pauvre ouverture que l’artiste installe pour notre regard furtif à travers un mince verre imparfait encadré de croisillons de bois gris vers l’intérieur, vers ce qu’abrite ce toit ; ce que nous ne pouvons qu’imaginer, une salle sombre, un immense âtre éteint, l’odeur des cendres froides, la misère de quelques ustensiles de cuisine accrochés au mur de salpêtre, une table rustique et patinée d’un bois sombre, quelques chaises de paille.
La maison est déserte. Le haut mur muet froid qui s’adosse au septentrion, s’éclaire en teintes pâles, chatoie des reflets alentour.
La lumière vient de cette nue rose, blanche, grise, bleue, qui parmi ce ciel d’orage s’amincit, que le soleil tente de percer.
Image lenticulaire. La palette de l’artiste construit un paysage qu’on pourrait croire festoyant de couleurs, la maison, dépendance romantique, veille sur le domaine d’un lord issu d’un roman victorien, les ondulations rouges, vertes, bleues, ici de l’ocre, construisent la générosité d’une campagne anglaise au limon fertile. Terre ferme et séculaire accueillant pluie vent et météores d’un monde placide, d’un climat tempéré.
Pourtant sur un pas de côté le regard s’interroge soudain : quels sont ces traits de stylo qui rayent le ciel, simulent un faible thalweg. Quel trouble émane de ce tableau, apporté par ce ciel de tempête sombre, déclinant des bleus menaçants alors que sur l’horizon court une brume noire, et qu’au-delà se dessine un relief étrange. C’est une roche noire, un récif qui borde le golfe sombre qui subitement apparaît, que des grandes lames, lointaines, de l’océan découvert assaillent.
Un pas de côté et tout se dissout, se mêle, devient masses liquides. La terre n’est plus terre, les ondulations des collines se révèlent des lames de couleur à l’assaut de la grève submergée et de ce tertre où résiste cette mystique maison. Sur le ciel bas un grave incendie de rouge imbu refuse un coucher de soleil au regard du drame qui se déroule ici. Le vent hurle. La substance du monde s’échappe de nos visions subjectives et sagement apprises de la matière, du temps inane. Elle s’écoule épaisse comme une lave, en tragédie.
Une tragédie, un onirisme puissant toujours renouvelé par la vision de cette peinture, où s’abandonner, se baigner...avec délices.
Rumeurs de Murs
p.r
Réalisme Spéculatif
Acrylique sur toile, 30x30cm