Le sens de l’apnée
Le sens de l’apnée
Dans mes poumons, des méduses d’air figé,
Songes sans exil, bulles graves qui pensent,
Une mer où le temps naufragé
Se dissout lentement dans l’oubli qui s’encense.
Tout presse — et rien n’advient. Ironique univers.
Le monde au-dehors s’acharne à se survivre ;
Mais ici tout s’incline, et se retire en vers.
Je deviens l’intervalle, un seuil inavoué,
L’entre-deux sans visage où s’abolit la course,
Où l’élan, résigné, renonce à s’éprouver,
Plus de rivage offert à l’espoir incertain,
Plus de voix pour nommer l’abîme ou la distance ;
Seulement la densité d’un songe souverain,
Le poids léger d’être — et sa douce résistance.
Sans esquif, sans retour, même le vent s’égare ;
Un Menorquin fantôme a sombré dans mes nuits.
Et mon âme s’étend, vaste et sombre amarre,
À l’océan muet où s’endorment les songes.
pao
Histoires des choses
Acrylique sur toile, 20X20cm