Deux masures au premier plan, installées sans proportion par un pinceau hâtif qui néglige matière et couleur, impatient de poursuivre.
Il érige rapidement ces murs pâles, blanc suggéré, sali, dans un cadre de traits noirs qui subsiste quelque peu, puis couvre le toit d’un aplat rouge et perce une ouverture sur la pénombre d’une unique pièce. Il n’ y a pas de fenêtre. Ces objets sont postés à l’entrée d’un chemin dans lequel coule un rose s’éclaircissant alors qu’il mène à d’identiques constructions plus imposantes ou du moins plus réalistes pour la norme de l’œil .
Notre regard lorsqu’il franchit le seuil que garde ces premières cahutes est conduit par une étonnante convergence, vers un point de fuite masqué par ces dernières demeures. Un bleu turquoise bordé de noir mène là; comme cette parcelle de rouge et rose qui l’accompagne et longe un champ de vert où fleurissent quelques fleurs éparses dont on ne peut croire ni à la naïveté ni à une bucolique mièvrerie.
A l’ouest, des acres de rouge et de rose se déclinent et plongent vers ce lieu, au-delà. Une maison à l’écart de même facture interroge. Quel exil abrite-t-elle ?
Que convoque cette aspiration vers cet endroit où le spectacle, ce panorama, verse dans un inconnu ou peut-être une inexistence ?
Nos émotions s’affolent, comme un vertige saisit la raison. Une décohérence s’installe. La pensée, le corps affecté, souhaiteraient des références auxquelles se rattraper.
De cette vitesse, de ce paysage qui s’enfuit, aucun être ne s’échappe, n’accourt dans un cri vers le spectateur : un inquiétant silence pèse.
Le fermier gothique et sa fille, n’ont pas survécu laissant ces champs déserts, sans anecdote : une étrangeté nous étreint. Une femme à la colonne brisée a disparu mais sa douleur, ombre diffuse, plane encore.
Cette douleur et d’autres coalescentes habitent cette nuée rouge turbulente dévalant la pente, attirée par la tourmente noire du ciel qui envahit l’horizon, gronde.
Derrière ces demeures, dans ce lieu, punctum où nous saisit l’inquiétude, qu’un gris nébuleux éclaire sous la lumière des hauts farfadets trouant le ciel par des sgraffitos d’or, contrastant les énormes et sombres masses nuageuses, s’accumulent troubles, silences et douleurs et drames. Et vit ici une irréalité fantastique.
Griffures de lames nihilistes ou insolentes ou irrespectueuses attestent de l’artéfact, ce tableau ni absurde ni lyrique ni placide est ce piège redoutable qui nous conduit dans la chute souhaitée.
Notre attention se devait d’être plus aigüe pour remarquer au tout premier plan ce chromatisme chaotique que le peintre a boursouflé. Ici est l’origine du récit, le pli de la chair du tableau, l’excès de l’apparition du monde de l’artiste qui nous invite ou nous amène peut être à perdre la raison.
Différence et Identité
p.r
Réalisme Spéculatif
Acrylique à l’huile sur toile, 23x32 cm