La persistance des choses
Plus que le regard c’est notre imagination, avide de cohérence, l’aliment de ses visions étiolées, qui s’asphyxie ici. Elle se noie. Elle s’inquiète.
Quatre chaises de bois vert n’attendent pas, posées sur un trait de stylo laissé de la composition esquissée que d’autres, verticaux, estompés, croisent. Quelle grille devine-t-on dans laquelle devraient s’inscrire d’autres objets à leur maille assignés ? Quelle grille apparaît sous cette étrange palette contingente?
Quatre chaises de bois vert sont là. Quatre chaises au premier plan, les occupants souhaités par nos injonctions communes à l’ordre n’ont pas disparu et n’apparaîtront pas.
Sans perspective, le tableau s’effondre, le sol s’écroule sous la falaise verticale dans une véhémence des brosses de verts, de rouges, de blancs, dans une dérision rageuse de griffures nihilistes outrageant un minéral aux quelques veines de cuivre.
Quatre chaises sont là, d’un déjeuner sur l’herbe, éraflée ici sans égard par le stylo de l’artiste, inconnu des convives. Des convives, s’ils existaient, retrouverait t on les os dans cet effondrement tumultueux au pied de la falaise verticale.
Cette abrupte falaise revient toujours séparer le ciel, ce bleu belliqueux masquant ses nuances en offrant des griffures énervées. Cette crête, au débord de sang, cache un indicible existant de notre lieu commun, theatrum mundi.
Quatre chaises sont. Quatre sièges importants, quatre sièges nous questionnent puisque nous sommes absents de ce tableau; ou plutôt mêlés sans privilège dans l’étant de ce paysage. L’oeuvre œuvre invite au dérèglement du sens, à la chute, à une vision cardinale. Savourons ce vertige.
p.r
Réalisme Spéculatif
Technique Mixte : acrylique et pastels à l’huile sur toile, 54x65 cm