CIO’ CHE NON SOVRASTA 

Pas de ciel de fin d’été, pas de remords.
Un taureau se tient droit, grave et plein de mémoire ;
L’air est lourd de vieux mythes, d’orgueil originel, et le silence juge, implacable et magnifiquement entravé.

La bête — œil sans morale et pensée sans mensonge — se souvient d’un cadavre autrefois vertical toréador triomphant, glorifié par la foule.
Elle sait — car durer est un savoir brutal — que l’homme se perdit à force de se croire suprême.

« Vous vous fîtes le centre et l’axe du réel, dit-elle sans voix, du fond de sa raison obscure.
Vous nommâtes “nature” ce qui vous était mur, et “bêtes” vos égaux dans le cercle mortel.

L’orgueil métaphysique fut votre lent poison, votre erreur souveraine, un trône solitaire, élevé contre la plaine et contre la matière, un monde hiérarchisé jusqu’à la déraison.

Vous n’avez pas compris — aveugles à l’essentiel — que l’être se partage et ne se surplombe pas, que marcher côte à côte est plus juste combat, que régner par le sang sur le vivant pluriel.

Je t’aurais connu, homme, hors de ce rite impur, sous un soleil commun, sans gradins ni faux dieux, nous aurions coexisté, simples et silencieux, liés par le fardeau d’exister à l’état pur.

Mais vous vouliez des dieux à votre ressemblance, et des bêtes pour choir sous vos récits sacrés.
Je fus l’autel muet de vos sens égarés, le réel vous brisant par excès de croyance.

Regarde — si la mort encore te reçoit, le monde, devenu feu, demeure indifférent et vaste.
L’avenir ne sera ni maître ni paria, mais une horizontalité sans faste. »

Pao

Après l’homme

Technique mixte : acrylique et collages sur bois, 92x63 cm